Brésil – Le peuple Aikewara (Suruí du Pará)

Publié le 18 Septembre 2019

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Peuple autochtone du Brésil de langue tupi-guaraní, vvant dans l’état du Pará. Ils sont arrivés à leur emplacement actuel au début du XXe siècle fuyant les attaques répétées des Xikrín. Lorsqu’ils habitaient sur les rives du rio Vermelho , un affluent de l’Itacaiúnas ils entrent en contact avec des blancs vers 1960 quand une épidémie de grippe tue les 2 tiers de leur population, passant de 126 à 40 personnes. En 1962 une autre épidémie de grippe tue encore 6 indiens. A partir de ce moment-là ils entament un processus de redressement vertigineux de la population et en 1997 ils étaient 185 personnes.

Autres noms : Suruí-Aiqueuara, Aikewara, Aaikewa, Suruí do Pará, Suruís, Sororós.

Population : 385 personnes

Sur leur nom

Une première appellation leur est donnée en 1923 par Frei Antonio Solas qui les nomme Sororós.

Dans les années 50 le père Frei Gomes , responsable des premiers contacts avec eux les appelles Suruí (dénomination qui est la plus utilisée).

En 1961 le nom Akwáwa constitue l’autodénomination du groupe bien que l’anthropologue Iara Ferraz considère que le terme Aikewara est le plus approprié.

Langue : elle est nommée akwawa (comme pour les Asurini du Tocantins et les Parakanã). Famille tupi guaraní.  La plupart de nos jours parlent le portugais

Emplacement

Lors du premier contact ils étaient situés en bordure du petit ruisseau Grotão dos Caboclos, un affluent de la rivière Sororozinho, un affluent du Sororó qui lui-même est un affluent de l’Itacaiúnas.

Terre Indigène (T.I) Sororó, 26.258 hectares, 385 personnes, homologuée. Elle est située dans le sud-est du Pará. Villes : Brejo grande do Araguaia, Marabá, São Domingos do Araguaia, São Geraldo do Araguaia.

Une autre Terre Indigène est identifiée, approuvée par la Funai mais sujet à contestation :

T.I Tuwa Apekuokawera – 11.764 hectares, 404 personnes

https://indigenasbrasileiros.blogspot.com/2015/12/aikewara.html

Histoire de contact

Depuis le début des années 1920 les informations sont précaires sur l’existence des Suruí dans les sources du rio Sororó.

Une première tentative de contact est organisée en 1952 par le dominicain Frei Gomes Leitão qui est parti avec des hommes de la ville de Xambioá et a atteint le village le trouvant désert. Ils laissèrent des cadeaux sur place. Quelques jours plus tard les Suruí ont fait des incursions dans les maisons des habitants de la région près du ruisseau Xambioá pour y laisser des tortues, des bananes et des ornements en plumes en guise d’échange. Ce qui provoqua la panique des habitants.

L’année suivante en 1953, Frei Gil réalise un premier contact.

En 1957 enthousiasmés des résultats des contacts avec le missionnaire, les indiens entrent en contact avec les exploitants de châtaignes (noix du Brésil) sur les rives du rio Sororozinho dans le lieu nommé Fortaleza. Ils sont alors repoussés par balles et un indien est tué et trois autres sont blessés.

A la mort du vieux chef Mussenai en 1960, au cours de l’épidémie de grippe qui tua la plus grande partie du peuple, le groupe connaît des moments de désorganisation, un habitant de la région profite de la situation pour gagner la confiance des Suruí. Sous prétexte de les civiliser, il les oblige à se couper les cheveux, à porter des vêtements, à construire des locaux similaires à ceux de la région et il les pousse à consommer des aliments nouveaux. Son but est de les transformer en chasseurs de fourrures et de peaux.

En septembre 1960 Frei Gil réussit à expulser les intrus du village et il fait installer un poste de surveillance avec des employés à 3 km du village. Ainsi les Suruí peuvent reprendre leur mode de vie traditionnel et leurs coutumes.

Ils auront ensuite des contacts avec les blancs de façon plus permanente et le groupe connaîtra aussi des moments dramatiques au début des années 70 avec leur implication dans la guérilla d’Araguaia. Le fait qu’ils se soient rangés du côté de l’armée leur aurait permis de garder la vie sauve. Des membres de leur peuple ont servi de guides à l’armée pour trouver les guérilleros contre la promesse d’étendre leur territoire, ce qui ne serait toujours pas accompli à ce jour.

Organisation sociale et politique

Foto: Carlos Alberto Ricardo, 1970

Contrairement aux autres peuples de langue tupi dans la région, ils n’on qu’un seul village (okara) de forme rectangulaire avec une cour centrale sur laquelle sont réalisés les rituels.

Autrefois l’agriculture était leur principale activité économique. Ils avaient de grands champs dans lesquels ils plantaient plusieurs espèces de manioc, des bananes, des ignames, des patates douces, du maïs, du poivron, du coton et du tabac.

La chasse était une activité privilégiée car la région était très riche en gibier : tapirs, cerfs, sangliers, tatous, singes, capybaras.

Parmi les oiseaux chassés les préférés étaient le hocco tuberculé (mitu tuberosum) et la pénélope yacouhou (penelopa obscura) mais en cas de disette ils chassaient aussi des aras et des perroquets.

La pêche était une activité peu pertinente à cause du fait qu’ils vivaient en dehors des grands fleuves.

Le système de descendance est patrilinéaire et l’héritage se fait uniquement par la voie paternelle, pour eux l’homme est le principal responsable de la procréation.

Ils ont l’habitude de la couvade en raison du lien fort qui unit le père au nouveau-né, ce que l’on nomme la couvade est une coutume où après la naissance le père s’alite et joue le rôle social de la mère, s’en attribuant les mérites.

Le peuple est divisé en 5 groupes d’ascendance patrilinéaire :

 Koaci-Arúo – raton laveur

Saopakania – faucon

Pindawa – palmier

Ywira – bois

Karajá – descendant d’un indien Karajá, sans doute Xikrín fait prisonnier par les Suruí).

Il y avait 2 autres groupes aujourd’hui disparus (Sakariowara et Uirapari).

Le rôle de chef est héréditaire et revient exclusivement aux hommes du clan Koaci.

Le nom d’un chef est morobixawa = grand.

Le mariage préférentiel a lieu avec la fille du frère de la mère ou la fille de la sœur du père.

La règle de résidence est patrilocale mais de nos jours les jeunes mariés ont tendance à vivre dans une nouvelle maison.

Ils ont une terminologie de parenté de type iroquois, c’est-à-dire que dans la même génération un homme appelle frère ou sœur, en plus des enfants de ses propres parents, les enfants de la sœur de sa mère et du frère de son père. Les enfants des frères de la mère et des sœurs du père sont appelés différemment.

L’enfant reçoit un nom temporaire à sa naissance et il recevra son nom définitif lors du rituel de perçage de la lèvre inférieure à l’âge de 13 ou 14 ans.

Source : pib.socioambiental.org

Cosmovision et chamanisme

Foto: Roque de B. Laraia

peintures corporelles

Comme d’autres groupes Tupi Guarani de la région, ces Indiens croient en Mahyra, le héros mythique, père des jumeaux Korahi et Sahi (le soleil et la lune). Ce sont ces jumeaux qui complètent le travail de séparation de la nature et de la culture, initié par Mahyra, le héros civilisateur par excellence, puisque c’est lui qui a volé le feu de l’urubu et l’a donné aux hommes. Peu de mythes ont été recueillis chez les Suruís, ce qui nécessite de nouvelles recherches.

Le chamanisme est présent chez les Suruí : Mussenai, l’ancien chef et Kuarikwara, qui lui a succédé, étaient pai’é, la même chose s’est produite avec Uassaí et Mikuá, deux des plus anciens survivants de l’épidémie. Ce n’est pas différent du chamanisme trouvé par Eduardo Galvão (1961) chez les Tenetehára. Le rituel le plus important, celui de Tokasa, se produit après l’abattage dans les champs, quand une petite cabine cérémonielle se tient au centre de la place. La nuit, les hommes – la participation est interdite aux femmes – menés par le chaman essaient de prendre contact avec les esprits de leurs ancêtres qui sont nommés dans les chansons qu’ils chantent à ce moment.

Un immense cigare en feuilles de tabac est utilisé par les chamans pour faciliter la transe. Il était d’usage de dé-fumer les étrangers avec la fumée de cette cigarette.

Comme c’est le cas pour d’autres groupes Tupi-Guarani, les morts sont enterrés dans la maison. Quand la maison est pleine de morts, elle est abandonnée, c’est ce qui s’est passé à l’époque de l’épidémie de grippe. Dans une situation normale, la maison et les morts sont abandonnés lorsqu’un village déménage à cause de l’épuisement des terres agricoles. Les esprits des morts sont appelés owera, mais la plus grande préoccupation va au karuara, une forme d’esprit qui n’a jamais été un être humain et qui a le pouvoir de causer des maladies. Tupã est considéré comme le démon du Tonnerre et de la Foudre, étant donc très craint par les Suruí.

Des portraits des Aikewara sur cette PAGE.

traduction carolita d’un extrait de l’article sur les Aikewara du site pib.socioambiental.org

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