Les afro portoricains

Publié le 17 Juillet 2016

Les afro portoricains
Par Inconnu — Bnf Gallica, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=40138751

Ils seraient 461.498 afro descendants localisés tout au long de l’île de Porto Rico et plus fortement concentrés dans les régions côtières de l’est.

Selon le recensement de 2010, 75.8% des portoricains s’identifient comme blancs, 12,4% comme noirs, 0,5% comme amérindiens, 0,2% comme asiatiques et 11.1% comme métis ou autres.

La plupart des sources estiment que 46% des portoricains ont des ancêtres africains importants.

La grande majorité des noirs de Porto Rico sont afro portoricains ce qui veut dire qu’ils sont dans ce pays depuis plusieurs générations depuis la traite des esclaves en général et qu’ils forment une partie de la culture portoricaine. Les municipalités qui ont la plus grande population noire sont San Juan, Carolina, Bayamón, Loiza et Ponce.

L’histoire des afro descendants de Porto Rico commence par l’immigration d’hommes libres africains, les libertos qui accompagnaient les colonisateurs espagnols.

Mais une fois la main d’œuvre indigène (Taïnos) épuisée rapidement par les conditions d’exploitation, les guerres et les maladies importées par l’homme blanc, la couronne espagnole dut trouver de la main d’œuvre en remplacement pour travailler dans les exploitations minières et pour la construction des forts.

Quand les mines d’or de Porto Rico sont épuisées, la couronne espagnole décide que l’île n’est plus une priorité coloniale, elle sera donc utilisée par la suite en tant que garnison pour soutenir les navires de guerre qui gravitent dans les Caraïbes.

Les africains ont contribué à des apports importants dans la culture de l’île : musique, art, langue, patrimoine, danse….

Les afro portoricains
Par Theodori de Bry — 1598, Theodori de Bry illustration for Bartolomé de las Casas’ Narratio regionum Indicarum per Hispanos quosdam deuastatarum verissima .. page 123 https://books.google.com/books?id=fDKWW40Y1SYC, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47097464

Des derniers indiens aux premiers esclaves….

A Porto Rico, le conquistador Ponce de León est accompagné par le frère Bartolomé de Las Casas.

Ce dernier s’indigne devant les mauvais traitements occasionnés aux indiens Taïnos et c’est lui d’après les sources historiques qui donne l’idée de l’importation et de l’utilisation d’esclaves africains.

En 1517, la couronne espagnole permet à ses sujets d’importer chacun 12 esclaves et ainsi commence la traite des esclaves dans les colonies espagnoles.

Les afro portoricains

Le plus gros contingent d’esclaves africains provient des régions du Nigéria et du Dahomey et de la zone des Guinées (côte des esclaves).

Ils étaient en grande partie des ethnies Yoruba et Igbos, des groupes ethniques du Nigéria et Bantous des Guinées.

Le nombre d’esclaves à Porto Rico passera de 1500 en 1530 à 150.000 en 1555.

Les afro portoricains
By Davis, George W. – Davis, George W., Brig. Gen., U.S.A. Military Government of Porto Rico from October 18, 1898, to April 30, 1900. Washington, 1902. and the LOC https://www.loc.gov/rr/hispanic/1898/img/slaves.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47099624

Les esclaves étaient estampillés au fer chaud sur le front, une marque signifiant qu’ils avaient été amenés légalement et pour éviter leur enlèvement.

On les envoyait travailler dans les mines d’or en remplacement des Taïnos, travailler dans les plantations de gingembre, de canne à sucre et dans les industries.

Ils ont le droit de vivre avec leur famille dans un bohio (cabane) sur les terres du maître, ils reçoivent un lopin de terre où ils peuvent cultiver des légumes et des fruits.

Ils sont éduqués par leurs maîtres, apprennent l’espagnol, en oublient leur langue peu à peu, mais ils ne peuvent pas être sujet à un avancement quelconque.

Ils enrichissent la langue du colon avec leurs mots à eux, ne perdant jamais leur culture africaine cependant.

Pour les espagnols, les noirs étaient supérieurs aux Taïnos, car ceux-ci ne voulaient pas s’assimiler.

De nombreux noirs se convertissent au christianisme, ils sont baptisés par l’église catholique et reçoivent le nom de leurs maîtres.

Ils sont très souvent soumis à un traitement rigoureux.

Les femmes subissent des abus sexuels en raison des relations de pouvoir.

Les conquistadors qui s’étaient installés dans l’île étaient arrivés sans femmes et nombreux furent ceux qui se marièrent avec des noires ou des indiennes Taïnos.

Leurs descendants métis formèrent les premières générations du début de la population de Porto Rico.

En 1570, les colons constatent que les mines d’or sont épuisées. Les espagnols alors décident de faire détourner les routes de l’ouest vers le nord et l’île devient une garnison pour les navires qui passent sur le chemin ou vont vers les colonies plus riches.

L’économie de l’île va continuer avec la culture de plantes comme le gingembre, le cacao, le coton, le tabac.

L’utilisation d’esclaves se réduit considérablement mais avec les plantations de canne à sucre, la main d’œuvre va redevenir nécessaire.

Et c’est reparti pour un tour….

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By Jose Campeche – Transferred from en.wikipedia to Commons. (Original text: http://www.fortunecity.com/victorian/churchmews/1216/UniformesPRFinalesSiglo18.html), Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=47399221

uniforme du moreno fijo regiment

Les affranchis

La culture de la canne à sucre est demandeuse de main d’oeuvre, la demande en sucre augmente fortement à l’échelle internationale, aussi cette culture va s’inscrire naturellement en remplacement de l’exploitation minière.

Pour attirer plus de travailleurs en 1666, l’Espagne offre la liberté aux peuples africains des colonies non espagnoles comme la Jamaïque et St Domingue.

Les immigrés fournissent alors une base de population pour soutenir la garnison portoricaine et les forts.

Les affranchis sont installés dans les parties ouest et sud de l’île, adoptent les coutumes des espagnols.

Certains rejoignent la milice locale qui lutte contre les britanniques.

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By http://en.wikipedia.org/wiki/User:Rockero – English Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Real_C%C3%A9dula_de_Gracia.jpg, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1513621

Décret royal de Graces de 1789 puis de 1815

Après 1784, la méthode de marquage au fer chaud sur le front est suspendue.

On commence à permettre d’obtenir la liberté sous conditions, c’est le décret royal de Graces de 1789. Le code noir ou código negro est introduit peu de temps après.

Un esclave peut acheter sa liberté dans le cas où son maître est disposé à le vendre en payant le prix demandé. Les esclaves peuvent gagner de l’argent pour acheter leur liberté en travaillant dans divers métiers ou en vendant des produits cultivés sur leurs parcelles.

Les hommes libres des colonies de Carolina, Canovanas, Loiza et Luquillo deviendront eux-mêmes plus tard des propriétaires d’esclaves.

Certains de ses nouveaux hommes libres rejoindront l’armée régulière ou regimiento Fijo de Porto Rico.

Après la révolte réussie contre les français à St Domingue (Haïti) en 1803, la couronne espagnole a peur que les criollos de Porto Rico et de Cuba emboîtent le pas.

L’on édicte alors le décret royal de Graces de 1815 pour attirer des immigrants européens en provenance des pays non espagnols pour peupler l’île estimant que ceux-ci seraient plus fidèles à l’Espagne que les métis criollos.

Les afro portoricains

Les révoltes

1527

C’est la première rébellion d’esclaves à Porto Rico.

Quelques esclaves arrivent à s’enfuir dans les montagnes en marronnage avec les Taïnos survivants.

En juillet 1821, l’esclave Marcos Xiorro planifie une conspiration d’esclaves contre les propriétaires des plantations de canne à sucre et le gouvernement colonial espagnol.

Même si la conspiration échoue, Xiorro atteint le statut de légende parmi les esclaves et fait partie du folklore héroïque de Porto Rico.

En 1848 le gouverneur de Porto Rico craignant une révolte d’esclaves impose des lois draconiennes pour contrôler tous les noirs portoricains, esclaves ou libres

Le nombre d’esclaves ayant fortement augmenté dans l’île rend les planteurs nerveux et ils ordonnent des restrictions en particulier dans les mouvements de déplacement hors des plantations.

En 1850 d’anciennes possessions espagnoles en Amérique ont accédé à l’indépendance.

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De PavelD – Based on Lares_Revolutionary_Flag_(original).jpg, Dominio público, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1136800

drapeau des révolutionnaires et de l’éphémère république de Porto Rico

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Le 23 septembre 1868, les esclaves à qui on a promis la liberté se révoltent et échouent contre les espagnols dans le Grito de Lares (le cri de Lares). La plupart des participants seront emprisonnés ou exécutés.

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Betances

En 1873, les esclaves ont tenté par 20 fois de se révolter, certaines révoltes étaient d’importance politique.

Au milieu du 19e siècle, un comité d’abolitionnistes se forme à Porto Rico avec de nombreux éminents portoricains dont Ramón Emeterio Betances, un fils de riches propriétaires terriens croyant en l’abolition de l’esclavage.

Avec son compatriote abolitionniste Segundo Ruiz Belvis, ils fondent une organisation clandestine nommée The secret society abolitionist.

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Par http://en.wikipedia.org/wiki/User:Marine_69-71 — English Wikipedia, http://en.wikipedia.org/wiki/Image:Segundo_Ruiz_Belvis.JPG, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1568311

Belvis

L’objectif est le libérer les enfants d’esclaves par le sacrement du baptême, cet évènement est connu sous le nom de Aguas de libertad (eaux de la liberté) et se déroule à la cathédrale Nuestra Candelaria à Mayagüez.

Une fois l’enfant baptisé, Betances donnait de l’argent aux parents pour qu’ils puissent acheter la liberté de l’enfant au maître.

José Julián Acosta, un membre d’une commission portoricaine où participent également Betances et Belvis participe au comité d’information outre mer à Madrid et il présente un argument en faveur de l’abolition de l’esclavage à Porto Rico.

Le 22 mars 1873, le gouvernement espagnol approuve le droit Moret prévoyant la suppression progressive de l’esclavage.

Cet édit donne la liberté aux esclaves de plus de 60 ans, à ceux qui appartiennent à l’état, aux enfants nés d’esclaves après le 17 septembre 1868.

L’esclavage sera aboli le 22 mars 1873 à Porto Rico mais avec une réserve : les esclaves ne sont pas émancipés et ils doivent acheter leur liberté quel que soit le prix demandé par leurs propriétaires. Ils devaient pour cela travailler pendant 3 ans pour leurs anciens propriétaires ou d’autres planteurs intéressés afin de payer une compensation.

La majorité des esclaves libérés continuera à travailler pour ses anciens maîtres mais en gens libres recevant un salaire pour leur travail.

Les esclaves libérés s’intègrent à la société de Porto Rico et y introduisent leur culture d’origine africaine.

Le racisme existe à Porto Rico mais il n’est pas considéré comme aussi grave que dans d’autres endroits du nouveau monde. La révolte des esclaves a longtemps été occultée dans l’histoire du pays et c’est bien que les afro descendants se réapproprient ce passé de lutte devant l’adversité et le désir d’indépendance qui en a découlé.

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By Spreadofknowledge – Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=35229493

Femmes dansant la bomba en tenue traditonnelle

L’influence africaine

Surmontant tous les nombreux obstacles qu’ils rencontrent durant la période d’esclavage, ces derniers conservent leurs traditions comme autant de trésors ce qui permet de les pérenniser.

L’héritage africain jouera un rôle certain dans la société portoricaine et un rôle déterminant dans le développement et la situation politique du pays de la culture et de l’économie du pays.

Les afro portoricains contribuent dans milieu sportif, au divertissement, à la littérature, aux institutions scientifiques. On retrouve le visage de l’Afrique dans l’art, la musique, la cuisine, les croyances religieuse.

Le 22 mars sera le jour de l’abolition day.

Les afro portoricains

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La musique

Les instruments de musique afro portoricains sont les barriles, des tambours avec une peau en cuir.

Les danses sont la bomba, sur une musique rythmée et qui est une danse importée directement d’Afrique occidentale.

L’autre danse est la plena, une musique folklorique d’origine africaine apportée à Ponce par les noirs qui ont immigré dans les îles anglophones au sud de Porto Rico.

Source : cet excellent article de wikipedia

Article complémentaire

Le grito de Lares

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