Colombie : Le peuple Raizal

Publié le 19 Mai 2020

De Policía Nacional de Colombia – Esta imagen proviene de la galería Flickr de la Policía Nacional de Colombia., CC BY-SA 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=37485325

En Colombie il y a plusieurs peuples descendants des africains qui ont des origines différentes.

Il s’agit des communautés noires, des afrocolombiens , du peuple raizal et des communautés palenqueras.

Spécificités

La communauté noire

C’est l’ensemble des familles d’origine afrocolombienne qui ont leur propre culture partageant une histoire et ses propres traditions et coutumes dans la relation campagne-ville en plus de révéler et conserver la conscience identitaire qui les distingue des autres groupes ethniques (selon l’Art.2-loi 70 de 1993).

La population afrocolombienne

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Il s’agit de groupes humains présents sur le territoire national (urbain et rural) ayant des racines et des descendants africains historiques, culturels et ethniques nés en Colombie avec leur diversité raciale, linguistique et folklorique.

La population raizale

C’est la population indigène des îles San Andrés, Providencia et Santa Catalina, descendant de l’union entre européens (surtout anglais, espagnols et néerlandais) et d’esclaves africains. Ils se distinguent par leur culture, leur langue (créole), leurs croyances religieuses  (église baptiste) et leur passé historique similaire à celui des peuples antillais de Jamaïque et d’Haïti.

La population palenquera

CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=2940974

La communauté palenquera est composée de descendants d’esclaves qui par des actes de résistance et de liberté se sont réfugiés sur des territoires de la côte nord de la Colombie comme San Basilio de Palenque (Manhates, Bolívar) San José de Uré (Cordoba), Jacobo Pérez Escobar (Magdalena) et La Libertad (Sucre).

Le peuple Raizal

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Le mot raizal sert à désigner des personnes indigènes originaires de l’archipel de San Andrés, Providencia et Santa Catalina en Colombie qui sont le produit du métaissage entre des indigènes, des espagnols, des anglais, des français, des néerlandais et des africains donnant la priorité à la culture britannique qui fut celle qui colonisa le plus ces îles des Caraïbes.

Ils défendent à présent leur identité en tant que peuple indigène ce qui pourrait leur permettre plus de possibilités pour mieux défendre leurs droits.

Localisation

Leur territoire est insulaire e comprend les îles de San Andrés, Providencia et Santa Catalina qui est l’île la plus densément peuplée des Caraïbes (3000 hab/km2). Cette île est située à 100 km de la côte nicaraguayenne et 480 km de la côte colombienne.

La Colombie exerce sa souveraineté sur une vaste étendue de la mer des Caraïbes et partage ses frontières maritimes avec le Panama, le Costa-Rica, le Nicaragua, la Jamaïque, Haïti et la république dominicaine.

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Population

Le recensement DANE fait état de 30.565 personnes reconnues comme raizales, 49,8% d’hommes et 50,2% de femmes.

L’archipel de San Andrés, Providencia et Santa Catalina

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C’est l’un des 32 départements qui forment la république de Colombie, situé à l’ouest de la mer des Caraïbes, c’est le département le moins étendu du pays. Il y a 76.500 habitants et il est composé de 2 municipalités, San Andrés et Provindencia et Santa Catalina. C’est le seul département insulaire de la Colombie qui est formé en  plus de ces îles d’autres îles, de cayes et d’îlots sur la plateforme volcanique de la mer des Antilles occidentales.

Le peuple Raizal est appelé aussi Sanandresanos mais ce nom représente un groupe plus diversifié comprenant des immigrants vers les îles au 20e siècle.

Ils ont une forte relation culturelle avec les peuples antillais de Jamaïque et la Barbade.

Langue

Ils parlent le créole sanandresano composé d’un vocabulaire originaire de l’anglais avec sa propre phonétique, 7 à 10% de prêts des langues espagnoles et africaines (famille des langues kwa). Le créole sanandrano a ses propres constructions grammaticales et c’est une langue différente de l’anglais ordinaire.

Histoire

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De nombreux peuples ont contribué à façonner la culture raizale de l’archipel : africains, britanniques, écossais, néerlandais, français, espagnols, colombiens.

Trois personnages ont participé à leur histoire : le pirate Henry Morgan qui a fait des îles le commandement central de ses activités de piraterie dans la mer des Caraïbes.

Le premier souverain espagnol (fils de parents irlandais) Tomás O’Neille, le français Luis Aury qui a soutenu les causes de l’indépendance de tout le bassin des Caraïbes depuis les îles du texas jusqu’à la Colombie.

A la période précolombienne, les îles n’étaient pas habitées, elles étaient éloignées des côtes d’Amérique centrale, la navigation était compliquée dans les eaux tumultueuses et avec des bateaux primitifs ce qui a empêché les tribus de s’y installer.

L’archipel est découvert lors du premier voyage de Christophe Colomb en 1492, ensuite il est considéré comme faisant partie de la vaste région appelée province de Veraguas.

En 1595 le gouvernement espagnol donne l’ordre de fortifier l’île Santa Catalina.

Les premières implantations européennes dans l’archipel datent de 1629/1630, ce sont des colons anglais venus des Bermudes et de la Barbade qui s’installent à Santa Catalina et Providencia.

A San Andrés il y avait des colonies d’agriculteurs, de marins, de marchands et de corsaires néerlandais. C’étaient des bases militaires ou des abris de pirates d’où ils attaquaient les ports et les villes de l’empire espagnol.

La colonisation anglaise était dirigée par une entreprise britannique et non par l’état lui-même – La Company of adventurers de la ville de Westminster pour la plantation des îles de Providencia ou Catalina, Henrietta ou Andréa et les îles adjacentes situées sur la côte de l’Amérique.

En 1636 un autre groupe de colons d’Ecosse et d’Angleterre arrive sur le navire Seaflower et les premiers esclaves africains sont amenés dans les îles.

Les britanniques débutent la plantation de tabac et de coton pour lesquelles ils ont amené des esclaves des colonies anglaises de la mer des Caraïbes.

Ils importent leur religion et leur langue mais les esclaves parviennent à maintenir leurs dialectes africains.

A la fin du 18e siècle commence la reconquête des îles par les espagnols mais ils permettent aux anglais de rester sous la promesse de fidélité à la couronne espagnole.

Les îles entretiennent des relations fortes avec le monde anglophone antillais contribuant à façonner la culture raizale ainsi qu’avec des apports des cultures indigènes Miskitos de Mosquito coat.

En 1845 est fondée l’église baptiste qui joue un rôle-clé dans la formation de la culture raizal et qui sera une véritable autorité organisatrice sur les îles depuis lors.

Avec la bataille de l’indépendance avec l’Espagne dans les premières décennies du 19e siècle, la Colombie assure la souveraineté politique des îles.

Au XXe siècle deux facteurs incitent la Colombie à intégrer les îles dans la vie nationale, la première est marquée par la constitution colombienne de 1886 et la deuxième par la séparation du Panama générant un processus d’assimilation culturelle connu comme la colombianisation, un phénomène consistant à promouvoir l’usage de la langue castillane et la conversion au catholicisme ainsi que l’envoi de missions à cet effet.

En 1953 le général Rojas Pinilla déclare San Andrés port franc ce qui motive une immigration incontrôlée depuis le continent, surtout de la côte atlantique et de la part d’arabes colombiens.

La colombianisation sensée intégrer les îles dans la vie nationale et ainsi exercer la souveraineté n’a créé alors que des conflits menaçant la culture et l’identité du peuple Raizal.

Religion

Eglise baptiste de la Mision Hill De Aliman5040 – Trabajo propio, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=29986097

Même si cette religion est soit disant basée sur l’identité protestante, il y a de plus de plus de Raizales devenus catholiques dans le cadre du processus de colombianisation. Les érudits de la culture ont convenu que le principal était la foi et que la religion vivait dans son église. L’importance des pasteurs baptistes néanmoins au sein d la structure culturelle raizal est indiscutable. Ils se basent sur la pasteur Martin Luther King en tant que défenseur des droits de son peuple.

Origines et reconnaissance

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La base du peuple est considérée comme noire et africaine mais cette origine est néanmoins constituée d’un fort élément britannique. Tous les Raizales ne sont pas noirs et le système juridique colombien qui a prétendu gouverner à San Andrés et qui a inclut les Raizales au sein des afrocolombiens a été systématiquement ignoré par eux-mêmes.

Après avoir été reconnus comme un groupe ethnique dans la constitution de 1991, les Raizales ont commencé un processus de définition de ce que cela signifie et des implications sociales et juridiques dans le contexte national colombien.

Ils sont arrivés à un concept plus complexe et ont déterminé qu’ils sont un peuple autochtone tel que défini dans la convention 169 qui établit les critères suivants pour reconnaître un peuple comme autochtone :

  • Ceux dont les conditions sociales, culturelles et économiques sont différents de la communauté nationale et sont régies par leurs propres coutumes et traditions ou par une législation spéciale.
  • Ceux qui descendent des populations habitant le territoire avant les conquêtes ou la colonisation ou avant l’établissement des frontières actuelles.
  • Prise de conscience de leur propre identité tribale et culturelle.

De cette façon les Raizales ont accepté cet accord en acquérant le statut d’autochtones, ils ont en outre garanti la défense de leur identité ethnique.

Les ressources 

Agriculture et pêche

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En 1793 la monoculture n’existait pas encore même si le coton était implanté par les esclavagistes dans de grandes récoltes situées vers Naarteen et dans l’est de la plus grande île de San Andrés. Les esclaves africains se sont retrouvés avec de petites parcelles pour cultiver leur autosubsistance car les esclavagistes ne voulaient pas les nourrir. A cette époque étaient cultivés l’akki, le kalalu, la kalabash, le ponkin et l’aubergine en abondance.

Après l’émancipation dans les années 1860, les intérêts anglais et nord-américains introduisent la monoculture de noix de coco donnant un tournant inattendu au cadre économique et sociale des Raizales.

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 La pêche et l’extraction des fruits de mer pour les raizales font partie de la culture qui se reflète dans l’interaction avec la nature, l’appropriation de l’île, la mer comme ressource naturelle principale et une gastronomie distinctive. D’autre part, la culture de la noix de coco, comme la pêche, permet une manière particulière de se rapporter à l’environnement et d’y intervenir. La culture de la noix de coco a été établie comme une alternative aux plantations de coton et comme une forme d’acquisition et de possession de terres par les esclaves africains, qui constituaient le principal aspect culturel de la communauté Raizal. 

Après la traite des esclaves jusqu’à la fin des années 1900 de violents ouragans frappent de vastes zones de cocotiers qui sont replantées intégralement.

En 1930 les cocoteraies sont dévastées par des ravageurs et des souris sauvages. Elles sont abandonnées, sans aucun entretien et ne seront pas replantées.

A partir de 1953, une nouvelle étape commence dans les îles avec l’introduction du commerce des biens et produits importés pour le panier familial, qui arrivaient par avion et bateau depuis le continent colombien.

Colombie – Impacts sur le développement agraire territorial par le changement de propriété et de régime foncier des Raizales sur l’île de San Andrés – coco Magnanville

Les produits qui étaient cultivés autrefois

Dans les vergers, les fermes et les prairies les plantes offertes sur le territoire raizal offraient ou offrent sans doute encore des fruits selon la saison : ruut de race (fruit de l’arbre à pain), kaimito, jobo, tinkin tuo (cañafistola), avocat, mangue, kinep (mamoncillo), tambran (tamarin) savasap (guanabano), guaaba (goyave), sulit arinch (orange), plom (prune), mammi (mamey), kokoplom, junplom, paapa (papaye).

Les épices qui donnent la saveur caractéristique à la nourriture raizal : le paazil, le maryan, le baskit pepa.

Une plante pour boissons chaudes qui guérit toute maladie : le min til.

Les espèces qui ont été plantées et cultivées provenant de la Jamaïque : akki, kaan (maïs), kalabash (citrouille), blins (haricots), pils (pois), kalalu (épinard), aubergines, anana (ananas apportés des Andes par les Arawak et qui se sont propagés aux peuples karib et Taïnos).

Quand et pourquoi ont-ils cessé de cultiver ?

Tout d’abord, avec l’essor des cocoteraies, les navires qui emmenaient les noix de coco partaient aux Etats-Unis et revenaient chargés de nourriture en conserve.

Ensuite les sols ont perdu leur qualité nutritive et se sont érodés, ils sont devenus infertiles.

Des saisons sans pluie ont été enregistrées ou des pluies instables.

Il n’y avait pas de système de réservoirs d’eau dans les exploitations.

Les techniques d’irrigation n’étaient pas modernisées.

Toutes ces conditions rendaient le travail du paysan bien compliquées.

Actuellement le problème grave qui se rencontre est le surpeuplement des territoires ancestraux, le manque de planifications ou de licences  dans la construction des hôtels, maisons, maisons de vacances, routes, autoroutes sur les terres cultivables entre autres.

Le territoire raizal est pourtant désigné comme réserve de biosphère par l’Unesco car il y a une entité corallienne à protéger.

Un programme de réactivation de l’agriculture des îles selon le mode de plantation biologique, le renforcement des coopératives étaient au programme du gouverneur du territoire raizal pour la période 2016/2019. L’insécurité alimentaire et la revalorisation des paysages du territoire raizal étaient à l’ordre du jour.

Une analyse parue sur le site observatorio.biosferaseaflower.org  conclut que la politique publique du gouvernement national, depuis l’époque du port franc, de la migration des Colombiens vers les îles, ajoutée à un nouveau modèle de « développement » basé sur le commerce et plus tard sur le tourisme, a contribué à un changement des pratiques ou des activités économiques : d’une communauté agraire à une communauté travaillant dans le secteur du tourisme.  En outre, les Raizales sont passés de la propriété de 100 % de leur territoire à celle de 50 % de leur territoire. La plupart des Raizales ne sont plus propriétaires de terres, mais employés.   

Les Raizales sont passés du statut de propriétaires des moyens de production (la terre) à celui d’employés dans le commerce et le tourisme.

Il est conclu que le rôle des Raizales dans le développement agraire territorial est actuellement peu dirigé, non seulement parce qu’ils ne possèdent plus la terre, mais aussi parce que l’activité agricole n’est pas très valorisée en tant que travail digne ou entreprise rentable, et qu’il n’y a plus de capacités locales installées (ressources physiques, techniques, technologiques et humaines) pour le développement du secteur.  Le peuple Raizal a perdu ses connaissances ancestrales sur les activités agricoles durables sur le plan environnemental, social et économique.

L’État colombien ne reconnaît guère les droits d’utilisation et de propriété des terres Raizales et, par conséquent, aucune politique publique n’a été mise en œuvre pour « réparer les dégâts » causés par la perte de ces terres.  Les îles ne sont pas reconnues comme un « territoire ethno-culturel ».  En fait, seuls 42 % des agriculteurs possèdent actuellement des terres. 

Les changements de propriété, de régime foncier et d’utilisation des terres des Raizales ont considérablement affecté leurs activités économiques, étant donné qu’aujourd’hui le secteur agricole ne représente que 1,2 % du PIB, alors que le tourisme et le commerce (les principaux secteurs économiques des îles) représentent 24 % du PIB.

On peut en déduire qu’il existe des conflits dans l’utilisation des terres, entre l’État et les Raizales, en tant que groupe ethnique minoritaire, en raison de la mise en œuvre d’un « modèle de développement » importé d’autres territoires, qui se caractérise principalement par l’offre de produits et de services basés sur un modèle de tourisme « Soleil, plage et mer ».

Aspects culturels

Caso museo isleña de style raizal De Mario Carvajal – Trabajo propio, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18548534

L’habitation raizal est traditionnelle des Antilles anglophones avec des couleurs vives, en bois et combinant les styles anglais et africains.

La musique appartient aux manifestations antillaises et surtout à celles de la Jamaïque, un pays qui a une grande influence sur la population.

San Andrés malgré tout a subi une influence colombienne au cours du XXe siècle en particulier de la région des Caraïbes colombiennes (construction des bâtiments en brique, hôtels, aspects moins indigènes de nombreux secteurs).

Sources : https://www.unidadvictimas.gov.co/es/comunidades-negras-afrocolombianas-raizales-y-palenqueras/277 , ecured, wikipedia, cathedra.raizal.org, observatorio.biosferaseaflower.org

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