Equateur et Pérou : Le peuple Shuar

Publié le 22 Avril 2013

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Peuple amérindien du groupe ethno-linguistique Jivaro, habitant les forêts de la haute Amazone et dont le nom de Jivaros ( Xibaros) a été donné par les envahisseurs espagnols. Le terme péjoratif jivaros veut dire sauvage / barbare et les intéressés le refusent.

Le territoire a été coupé en 2 depuis la guerre de 1945 et partagé en suivant la frontière entre Equateur et Pérou, les peuples regroupés se répartissent comme suit :

En Equateur :

– les SHUARS ( 40.000)

– les ACHUARS (5000)

– les SHIWIARS ( 700)

Au Pérou :

– les AWAJUN ou AGUARUNAS ( 45.000)

– les HUAMBISAS ou WAMPIS ( 5500)

– les SHIWIARS

– les ACHUARS

Dans cet article je fais également une approche des autres peuples de la famille linguistique jivaro, pour lesquels il existe à présent des articles particuliers.

Les SHUARS

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Mythiques réducteurs de têtes, ils ne se sont jamais laissé conquérir, leur caractère indomptable doublé d’un individualisme farouche y ont contribué.

Ils vivaient de chasse, de pêche et de cueillette, en autarcie et ont dû se convertir dans l’élevage et les cultures horticoles pour survivre. Ils ont choisi d’entrer dans la modernité sans renoncer pour autant à leur langue et à leur culture.

La société Shuar est une société du « plaisir immédiat » sans modification de l’environnement qui sert de lieu de vie.

 Histoire succinte

Les populations amazoniennes ne disposaient pas de l’écriture pour transmettre leur histoire, celle-ci est donc basée sur la transmission orale ( mythes, légendes, rites shamaniques).

Leur réputation de guerriers farouches provient entre autre de la défaite occasionnée aux armées de l’inca Huayna Capac qui mit fin à son extension vers le nord-est.

Les espagnols , attirés par les rumeurs de gisements d’or sur les territoires shuars sont repoussés également par ces derniers.

Rites et coutumes

Malgré une forte pénétration des religions chrétiennes, l’animisme shamanique est encore présent. L’organisation clanique de la société est basée sur la famille élargie vivant dans différents types de maisons communautaires qui peuvent regrouper plusieurs familles apparentées.

les tâches revêtent un caractère sexué :

– pêche, chasse, cueillette sont dévolues aux hommes

– culture du jardin, des plantes potagères et médicinales, élevage sont dévolus aux femmes

Les familles s’entre aident en cas de besoin.

Le rôle du shaman( uwishin) est très important dans la cohésion du groupe : il transmet les savoirs, il guérit les maladies. Les maladies sont perçues comme un déséquilibre entre l’homme et la nature dont il fait partie. L’acte de guérison est de rétablir l’équilibre avec l’aide de plantes ( dont l’ayahuasca, boisson hallucinogène) pour refaire le lien entre l’homme et l’environnement.

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Les têtes réduites ou tzantzas – passage pris sur W…..)

La coutume desTzantzas, têtes réduites, est sans doute celle qui a le plus marqué l’imagination des occidentaux et le plus contribué à la réputation des jivaros.

Les conflits fréquents entre les différents groupes ou tribus n’avaient pas pour but de s’approprier des richesses ou des territoires, mais plutôt de s’emparer des forces et de l’esprit de l’ennemi ainsi que de se venger sur lui des exactions et meurtres passés, dans un cycle de « vendetta » sans fin. Ramenées comme trophées, les têtes des ennemis tués étaient transformées au cours d’un rituel long et complexe destiné à incorporer la force de l’âme de la victime et à obtenir une protection contre la vengeance du camp adverse. Comme l’ennemi fraîchement tué produit également une âme vengeresse, il faut absolument maintenir cette dernière prisonnière dans la tête de son propriétaire. Une fois vidée et désossée, la tête était desséchée à l’aide de cendres et de pierres chaudes, remplie de sable, cousue et remodelée. Elle servait ensuite pendue au cou de son propriétaire dans une cérémonie destinée à montrer aux ancêtres que la vengeance avait bien été accomplie.

Certains des premiers explorateurs européens, dont des missionnaires, firent les frais de cette pratique. Dès le début du XXe siècle, des collectionneurs et amateurs de curiosités occidentaux cherchèrent à se procurer des tsantzas. Cette demande ainsi que l’apparition d’armes à feu changea dangereusement les habitudes des indiens qui se mirent à produire des trophées uniquement destinés au troc. Ce n’est que dans les années soixante que les autorités équatoriennes et péruviennes interdirent cette pratique. Depuis, des trafics de tsantzas d’imitation ont été constatés. Soit fabriquées avec de la peau de chèvres ou de singes, soit avec des corps humains par des taxidermistes à partir de cadavres récupérés dans des morgues loin de tout contexte amérindien.

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Acculturation rapide des populations Shuars :

– 10 % ont l’électricité domestique

– 35 % parlent l’espagnol

– 50 % vivent dans des maisons de type « colon »

– 70 % des enfants scolarisés

– 85 % ont une production agricole régulière destinée à la vente

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Situation actuelle des familles indigènes shuars vivant en habitats isolés, peu contactés

Ce peuple libre ne dispose plus de la totalité de ces terres essentielles au maintien de leurs sociétés. Ils ont conservé une part importante de leur mode de vie mais dépandent de la ville. Ils échangent avec d’autres villages d’indigènes qui profitent d’eux. Ce mode de vie est en voie de disparition car inadapté à la société moderne équatorienne.

Les descendants des colons ont réquisitionné les terres des Shuars et les ont mal traités.

En 1964 est crée une fédération des communautés Shuars, la première organisation autonome en Amérique latine, qui a lancé le mouvement indigène équatorien. La fédération fonctionne comme un état dans l’état et prend en charge la répartition des terres, la gestion de l’éducation et des services sanitaires.

La mise en place du système radiophonique biculturel shuar ( SERBISH) favorise cette autonomie au sein d’un territoire difficile d’accès au milieu de forêts impénétrables où se succèdent des sommets inaccessibles. Le programme est lancé en 1968 en langue shuar et en espagnol. Le SERBISH comptait 33 groupes scolaires la première année, puis 120 deux ans plus tard.

Aujourd’hui, il couvre les provinces de l’ouest de l’Equateur ( 297 établissements) du primaire au lycée avec une fréquentation de 7500 élèves. Ce sont des enseignants shuars payés par l’état ou des volontaires qui sont indemnisés qui enseignent.

Les ACHUARS

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C’est l’une des 13 nationalités indigènes reconnues d’Equateur, l’un des 4 groupes de dialectes ( shuar, aguaruna, achuar, huambisca) de la branche ethnolinguistique JIVARO.

Situation géographique

Ils sont situés dans la jungle amazonienne à l’est de l’Equateur, aux frontières du Pérou.

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Habitat :

les maisons sont de forme ovales avec un toit formé de palmes imperméables superposées afin de les protéger des pluies abondantes, sans parois. Les maisons sont situées au milieu d’une clairière entourée de jardins, délimitées par des rangées de bananiers.

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Mariage

Les Achuars sont polygames, la première épouse doit être la fille d’un oncle maternel ou d’une tante paternelle ( cousine croisé, WAJE). Il faut trouver des femmes proches généalogiquement et géographiquement. Le coupe doit habiter chez le père de l’épouse ( résidence matrilocale).

Le lévirat est appliqué, ce qui oblige une femme à se marier au frère de son mari défunt.

Chamanisme

Il ya deux sortes de chamanes ( uwishin), deux sortes de chamanismes : le chamanisme tsuakratin ( guérisseur) et le chamanisme wawekratin ( ensorceleur) pour lequel le chaman envoie des tsentsak ( fléchettes invisibles) à distance , qui rendent celui qui les reçoit malade.

Division sexuelle du travail et de l’espace:

 Pour la construction de leur maison, les hommes abattent les grands arbres pour former une clairière, les femmes s’occupent du brûlis pendant qu’ils plantent les bananiers. La construction est la tache des hommes alors que les femmes s’occupent de façon exclusive des jardins qui entourent l’habitat. Un autre exemple de la vie quotidienne serait celui de la chasse réservée aux hommes tandis que les femmes s’occupent à cuisiner le gibier. La maison est aussi divisée en deux parties, le tankamash qui est réservé aux hommes et l’ekent, l’espace des femmes.

Régime alimentaire:

 Les Achuars trouvent leurs sources d’aliments dans les animaux terrestres comme aquatiques et dans les végétaux mais leurs apports sont plus ou moins régis par les saisons. D’août jusqu’à janvier, « le temps des basses eaux », la pêche est abondante mais diminue avec les saisons de pluie qui débute à la mi-novembre et s’achève à la fin avril, période pendant laquelle les fruits sauvages sont amples, pendant cette période les animaux sont mieux nourris pour être chassés pendant « le temps de la graisse de singe laineux » qui débute en mars. Sans oublier la plante de manioc cultivée tout au long de l’année dans leurs jardins, qui est l’ingrédient indispensable pour la fabrication de la bière de manioc fortement appréciée des Achuars qui en font leur boisson quotidienne plus ou moins alcoolisée selon les occasions.

 Monde onirique:

 Les rêves sont pour les Achuar une façon de maintenir des relations avec les esprits qui leurs fient des recommandations. Certains rêves annoncent une future action positive (kuntuknar) et d’autres annoncent des actions négatives (mesekramprar). Que ce soit l’un ou l’autre, les Achuars dépendent de ces rêves pour agir, que ce soit pour aller à la chasse, déclarer une guerre…etc.

Individualisme:

Très individualistes par nature, les Achuars évitent autant que possible la promiscuité et les disputes qu’elle peut causer. Cet individualisme les aide aussi à vivre sans mémoire des générations passées

 Guerre:

C’est un élément qui caractérise les Achuar dans la mesure où « la fureur [est] une sorte de fatalité propre à la condition masculine […] par un motif d’orgueil […] ni un réel handicap »(p. 218). Comme les familles vivent à distance les unes des autres la guerre, fruit de la vendetta, pourrait être vue comme un moteur de rapprochement dans la mesure où on cherche à se faire des alliance, sans guerre les motivations à maintenir des contacts externes seraient moindres puisque chaque parentèle Achuar est presque auto-suffisante.

 Égalité des hommes:

Les hommes Achuar sont tous considérés égaux dans tout le sens du mot. La hiérarchie leur est totalement étrangère quoique un homme qui se montre bon chasseur et brave guerrier pourrait gagner plus de respect et d’attention de la part de ses confrères, ceci dit, il ne bénéficie d’aucun droit ou traitement différent des autres. « Les taches sont apparemment réparties de manière spontanée et personne […] n’a l’air de diriger l’exécution des travaux. […] chacun y était attentif à l’humeur et aux gestes des autres, rendant ainsi inutile toute fonction d’autorité »(p. 72).

 Rapport avec l’environnement:

 Les plantes et les animaux sont dotés d’une « âme »(wakan) tout comme les hommes et doivent donc être traités ainsi. Il leurs transmettent leurs pensées par des anents qui, par exemple, encourageraient les plantes à pousser plus vite et les animaux à se soumettre à la volonté du chasseur. Cette attitude envers la faune et la flore aide les Achuars à mieux préserver leur environnement avec lequel ils ont une relation d’interdépendance.

Les SHIWIARS

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C’est également l’une des 13 nationalités indigènes reconnues en Equateur, de mêmes traditions culturelle et linguistqiue que les Achuars et les Shuars.

Leur territoire se situe le long de la rivière de Pastaza, près de la frontière péruvienne, dans le bassin amazonien. C’est l’un des territoires les plus préservés et isolés de toute l’Amazonie, accessible uniquement par avion.

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rivière Pastaza « RioPastaza » par Krosto — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – 

727 personnes vivent dans 9 villages, parlent la langue Shiwiar chicham mais aussi Quichua.

Du pétrole é été trouvé dans les années 1970 mais les Shiwiars espèrent qu’il ne sera jamais exploité.

Le gouvernement équatorien leur a attribué après une longue bataille politique, 89.337 hectares de terrain en 1992 et les a reconnu en tant que nationalité shiwiar. Il reste néanmoins encore plus de 100.000 hectares de territoire ancestraux à récupérer.

Une organisation politique ONSHIPAE travaille en collaboration avec le Pachamama alliance pour acquérir les titres légaux sur le territoire.

La faune locale est très riche et variée : des centaines d’espèces de singes, des perroquets, toucans, caïmans, anacondas, pécaris, capybaras et tapirs…..en tout 44 espèces de mammifères et 42 espèces d’oiseaux identifiés sans compter les insectes, papillons, poissons, tarentules gigantesques et aussi les lamantins !!

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Toucan

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capybara

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tapir

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pécari

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lamantin

Leur culture est identique à celle des Achuars et des Shuars, ils vivent dans un monde très spirituel dont les rêves ont une signification très importante. Les animaux et les plantes ont une âme.

Ils fabriquent des colliers et des céramiques, se peignent la tête lors des grandes occasions.

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Pour la chasse, ils utilisent encore des sarbacanes et restent auto-suffisants au sein de leur territoire. Néanmoins, ils sont à un carrefour de leur évolution car ils savent qu’ils doivent s’adapter pour pouvoir résister aux pressions du monde extérieur. Ils se battent pour défendre leurs droits.

http://www.zero-deforestation.org/peuple_shiwiar.htm

Les AGUARUNAS (AWAJUN)

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« Aguarunas » par José Luis Gálvez (Digigalos) — Propiedad del autor (own work, the image was scanned of a photography property of the author). Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – 

Ils habitent la forêt amazonienne au nord du Pérou et font partie du groupe des Jivaros. Au nombre de 25.000 à 30.000 personnes situés le long de la Maranon, dans ses affluents qui sont la rivière St Jacques, la Nieva,Cenepa, Numpatakay et chiriaco.

Ils pratiquent l’horticulture sur brûlis, la chasse ( sajino, huangana, tapir, ocelot, jaguar, diverses espèces de singes et d’oiseaux) et la pêche, la culture du manioc, du maïs, de l’arachide, du riz, des courges, des haricots, de la pomme de terre sauvage , du coton et du tabac. Pour chasser, ils utilisent une lance en pijuago ( palmier de bois très dur) et une sarbacane mais ils tendent à se servir principalement de fusils. La cueillette de fruits sauvages est importante, ils cueillent aussi les fruits de certains palmiers ainsi que les bourgeons des palmiers, leurs écorces et la résine. Ils extraient le caspi leche et recueillent le miel et cueillent des plantes médicinales et des lianes.

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 huangana

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 jaguar

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ocelots

Les métiers masculins sont la corderie, la vannerie, la construction de pirogues, le textile. Les femmes, quand à elles font de la céramique, fabriquent des colliers de graines…..

Ils croient en des figures mythologiques telles Etsa ( le soleil), Nugkui ( la mère- terre qui assure les succès agricoles et prévoit l’argile pour les céramiques), Tsugki ( esprit des eaux), Bikut, le shaman père qui avec l’aide de l’ayahuasca communique avec les mondes supérieurs.

Ils pratiquent la réduction de têtes pour faire des Tzantzas.

La création d’associations comme l’OCCAAM fondée en 1975 et la CAH fondée en 1977 ont permis aux Aguarunas et aux Huambisas de jouer un role important dans la création de l’organe de coordination autochtone du bassin amazonien ( COICA) qui représente tous les peuples amazoniens.

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« Achuar con cerbatana (Amazonía Ecuatoriana) » par Enrique Amigo — Travail personnel. Sous licence GFDL via Wikimedia Commons – 

http://www.coica.org.ec/

Le désir de rester avec ses parents fait que le village devient endogame. Les familles sont monogames ou polygames et vivent en groupe semi nomades en raison de l’instabilité du sol qui demande de faire des jachères.

Ils pratiquent les chants magiques importants pour aider à la séduction, la chasse et le jardinage.

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Les HUAMBISAS (WAMPIS)

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5545 personnes, représentant 2.31 % de la population indienne dénombré en 1993 vivent sur le haut Maranon et la rivière Santiago.

Leur histoire et leur culture sont identiques à celles des Aguarunas.

Au cours des 30 dernières années, la grande richesse de la terre et des forêts ont attiré l’installation d’usines et de fermes d’élevage.

Ils sont agriculteurs, chasseurs, pêcheurs, éleveurs de volaille, et vendent du manioc, des bananes et le riz de Santa maria de Nieva.

La région de la rivière St Jacques est riche en or qu’il utilisent en pratiquant des techniques atisanales.

Ils assurent comme les Aguarunas la surveillance des pipelines.

L’éducation en quelques chiffres :

Analphabétisme : 40 % ( 29 % des hommes et 51 % des femmes)

L’éducation en primaire est le niveau le plus haut, seulement 2% de la population va dans le secondaire.

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Equateur/Pérou : Le peuple Achuar

Autres récits de la cosmovision Shuar

Arútam, dieu des dieux

Nunkui. Porteuse de la connaissance du monde féminin

Tsunki. Le propriétaire des eaux

Etsa, le Soleil, propriétaire des animaux

Shakaim. Protecteur de la selva

 Ayahuasca. La liane qui permet de se rendre sur le lieu des morts

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