Brésil – Le peuple Xavante

Publié le 9 Octobre 2019

Peuple autochtone du Brésil vivant dans l’état du Mato Grosso et qui a été célèbre dans le pays à la fin des années 40 à cause de la campagne massive entreprise par le nouvel état pour diffuser sa « marche pour l’ouest ». la campagne a encouragé l’équipe du SPI (Service de Protection des Indiens) dans son travail dit de « pacification » des Xavante. Pour autant le groupe « pacifié » par le SPI en 1946 ne représentait qu’un seul des nombreux groupes Xavante habitant l’est du Mato Grosso, une région que l’état cherchait alors à rendre accessible à la colonisation et à l’expansion capitaliste.

Dans la version de leur propre histoire du contact, les Xavante, eux, disent que les « pacifiés » étaient les blancs.

Tout un système a été mis en place pour influencer les Xavante à entrer dans le monde dit « civilisé » : croyances, pratiques religieuses, institutions sociales et cérémonies, tout a été touché surtout pour les groupes en contact avec les missionnaires catholiques et protestants.

Malgré tout ceci la culture Xavante continue de se développer avec une grande vitalité, elle est diffusée principalement par la langue et les mécanismes sociaux, cosmologiques et cérémoniels.

Autodésignation : a’uwe = peuple

Population : 18.380 personnes (2014)

Le nom

Le nom xavante aurait été donné par des non indiens cherchant à les différencier des autres Acuen (les Xerente).

Avec le peuple Xerente (akwe) de l’état de Tocantins, ils formaient un groupe ethnolinguistique connu dans la littérature anthropologique sous le nom d’Acuen, de la famille linguistique jê, du tronc macro-jê. Les deux groupes se sont séparés vers 1820.

D’autres noms ont été donnés à ce groupe pendant la période coloniale –Xacriabá et Acroá.

Localisation

Ils vivent dans la région de la Serra de Roncador, dans les vallées des rios Mortes, Kuluero, Couto de Magalhães, Batovi et Graças à l’est du Mato Grosso.

Hors des Terres Indigènes (T.I) : Chão Preto et Ubawawe, São Marcos, Pimentel Barbosa, Arerões, Sangradiuro/Volta Grande.

Leur territoire est situé au milieu d’un ensemble de bassins hydrographiques qui sont responsables d’une riche biodiversité régionale et à la base de leur mode de vie indigène traditionnel. Ce territoire subit depuis les années 60 des impacts environnementaux à cause de l’agriculture extensive.

Les Terres Indigènes (T.I) habitées

 T.I Areões – 218.515 hectares, 1342 personnes, homologuée. Ville : Nova Nazaré.

T.I Areões I – en cours d’identification – Ville : Nova Nazaré.

T.I Areões II – en cours d’identification – Ville : Nova Nazaré.

T.I Chão Preto – 12.740 hectares, 56 personnes, homologuée. Ville : Campinápolis.

T.I Marâiwatsédé – 165.241 hectares, 781 personnes, homologuée. Ville : Alto Boa Vista, Bom Jesus do Araguaia, São Félix do Araguaia.

T.I Marechal Rondon – 98.500 hectares, 551 personnes, homologuée. Ville : Paranatinga.

T.I Parabubure – 224.447 hectares, 3819 personnes, homologuée. Villes : Campinápolis, Nova Xavantina.

T.I Pimentel Barbosa – 328.966 hectares, 1759 personnes, homologuée. Villes : Agua Boa, Camarana, Nova Nnazaré, Ribeirão Cascalheira.

T.I Sangradouro/Volta Grande – 100.280 hectares, 882 personnes, homologuée. 2 peuples y vivent : Xavante et Bororo (langue bororo). Villes : General Carneiro, Nova São Joaquím Poxoréu.

T.I São Marcos (Xavante) – 188.478 hectares, 2848 personnes, réservée. Ville : Barra do Garças.

T.I Ubawawe – 52.234 hectares, 395 personnes, homologuée .Ville : Santo Antônio do Leste.

T.I Wedezé – 145.881 hectares, 100 personnes. Identifiée et approuvée par la Funai mais sujet à contestation.

La région est marquée par deux saisons bien définies : la saison sèche appelée là-bas hiver (avril à octobre) et la saison des pluies ou été les autres mois de l’année.

L’agriculture

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L’agriculture comprend en particulier la culture du maïs aliment important en termes cérémoniaux et socio-cosmologiques Xavante), les autres cultures secondaires sont les haricots et les courges.

Chaque récolte appartient à chaque groupe domestique. Les tâches d’abattis brûlis sont effectuées par les hommes mais les plantations sont le travail des femmes.

Le régime de base est complété par les produits de la cueillette (par les femmes) : racines sauvages, châtaignes (noix du Brésil), fruits et légumes.

Les hommes s’occupent de la chasse et de la pêche.

La viande de gibier occupe une place de choix au niveau économique et en tant que marqueur des capacités physiques des hommes : rapidité, agilité, vigilance et agressivité. Le produit de la chasse est un élément central des cérémonies comme le wai’a et les célébrations de mariage au cours desquelles les hommes partent en expéditions de chasse prolongées. Mais la réserve de faune hélas a été endommagée par la dégradation de l’environnement des terres Xavante. Le gibier est moins disponible et la pénurie de chasseurs est grave. Les terres actuelles ne représentent que de petits fragments de leur territoire d’autrefois. Cela compromet les cérémonies comme celle du mariage qui nécessitent une grande quantité de gibier et cela pousse les chasseurs à se rendre plus loin sur des propriétés « privées », occasionnant des conflits. Leur mode de vie comme on le voit a été endommagé par l’intrusion d’activités visant le marché et les politiques mises en place par le SPI puis par la Funai pour faire « entrer » les Xavante dans la société régionale en les assimilant n’a fait qu’aggraver les problèmes.

Organisation sociale et cérémonielle

Comme chez tous les peuples de langue jê, l’organisation sociale est constituée de groupes binaires, d’un ensemble de moitiés qui se croisent. La descendance est patrilinéaire, elle organise les personnes en 2 classes matrimoniales nommées poriza’õno et öwawe. Une personne d’un groupe doit épouser une personne de l’autre.

Il y a aussi un critère de moitiés en rapport avec l’âge, 2 groupes de moitiés aghamiques composés de 4 sous-groupes que les anthropologues appellent classes d’âge.

 Cela fait donc 8 classes d’âge dans la société Xavante, chacune d’elles est composée de personnes qui ont approximativement le même âge.

Dans le cas des hommes

Groupe de waptés (pré-initiés) sortant du Hö (Maison des célibataires). Foto: Rosa Gauditano

Les garçons deviennent membres d’une classe d’âge comprise entre 7 et 10 ans quand ils se présentent à la « maison des célibataires » ou Hö. On les appelle à cette période wapté (pré-initié). Ils vivent ensemble à la Hö (maison des célibataires) pendant 1 à 5 ans et sont orientés par un groupe d’hommes plus âgés qui sont leurs parrains de la même moitié dynamique.

Ils acquièrent donc les compétences et les informations indispensables à leur vie d’hommes initiés.

Les filles participent aussi au système de classes d’âge mais elles ne sont pas séparées de leurs familles.

Après la période de résidence à la maison des célibataires a lieu le rituel du perçage des oreilles qui transforme les enfants pré-initiés en adultes initiés.

Les filles quand à elles deviennent adultes quand elles donnent naissance à leur premier enfant.

La vie adulte pour les garçons et les filles est divisée en 4 phases :

Les débutants ou ‘ritai’wa.

Les jeunes adultes ou ipredupté ou da-énohi’wa.

Les adultes matures ou iprédu.

Les adultes âgés ou ihí.

Après la mort d’un Xavante celui-ci appartient à la catégorie des hoimana’u’ö ou ancêtres (on peut trouver aussi les noms de sare’wa ou wa za pari’wa selon le contexte). Ceux-ci peuvent renaître dans un cycle de vie continu.

Les deux groupes exogames (les moitiés matrimoniales basées sur la patrilinéarité) et les deux autres moitiés agama ( chacune composée de 4 classes d’âge et basées sur le critère de l’âge) constituent la base d’une grande partie de la vie sociale des Xavante. Ils sont élevés et exposés au public dans de nombreux actes cérémoniels.

La cérémonie Wai’a, « le secret des hommes »

Un 3e groupe existe chez les hommes, il est associé au cérémoniel Wai’a, un important complexe rituel masculin.

Dans le Wai’a les hommes ont accès aux connaissances considérées comme « surnaturelles » et liées aux dichotomies vie/mort, bonnes/mauvaises, maladie/remède. Seuls les hommes y participent.

Cérémonie du Oi’o’

Cerimonial do Oi´ó. Foto: Rosa Gauditano

C’est la première cérémonie publique à laquelle participent les jeunes enfants, c’est la lutte des ongles appelée Oi’o’.

Cette cérémonie met en lumière l’opposition entre les moitiés exogamiques patrilinéaires puisque chaque enfant est peint au visage d’un signe représentant sa moitié respective. Elle démontre l’esprit combatif des enfants et leur capacité à faire face à des défis physiques, ce qui représente deux caractéristiques importantes dans cette société de chasseurs/cueilleurs.

La cérémonie du Wa’iy (combats du corps à corps) et la cérémonie du Uiwede (la course de bûches de bois)

Ce sont deux compétitions sportives cérémonielles.

Les luttes du Wa’iy soulignent publiquement les divisions exogames et agama et ont lieu avant que les enfants ne soient amenés à la maison des célibataires. Dans chaque combat les personnes des deux moitiés exogamiques (porizá õno et öwawe) s’opposent, garçons et filles réagissent aux taquineries ou aux provocations d’un homme. Ils sont ensuite malmenés avec vigueur et la bataille se termine quand l’un d’eux, l’homme en général parvient à faire s’effondrer l’autre. Quand les filles combattent, elles s’unissent entre elles pour affronter l’homme qu’elles poursuivent dans une bataille amusante qui réjouit beaucoup l’assemblée.

La course de relais Uiwede

Corrida de Toras. Revista Manchete

Chaque participant fait de son mieux lors de courts trajets en mettant un énorme et lourd tronc de buriti (palmier), pesant environ 80 kg pour les hommes et 60 kg pour les femmes. Ensuite ils doivent arriver à la transférer à un autre membre de leur équipe (groupe de même âge ou moitié agama). Les courses impliquent toujours des personnes du même sexe et opposent des équipes composées de personnes de la même classe d’âge. C’est sans doute l’activité favorite des Xavante.

La cérémonie du Da-ño’re

Da-ño’re: perfomance coletiva de canto e dança. Revista Manchete

C’est une interprétation collective de chansons et de danses mettant en lumière l’opposition et la rivalité entre les classes d’âge des deux moitiés opposées. Essentiellement masculines mais les femmes l’exécutent aussi dans d’autres occasions. C’est la plus importante activité publique spécifique dans laquelle des pré-initiés résidant dans la maison des célibataires sont impliqués en tant que membres de classe d’âge.

La cérémonie du perçage des oreilles est le point culminant du complexe d’initiation masculine. Un nouvel initié reçoit ses premières boucles d’oreilles, de petits cylindres en bois que les Xavante considèrent comme possédant des capacités inductives de rêves. Ces objets montrent la capacité d’un jeune homme à représenter ses rêves sous forme de chansons ce qui constitue un critère important de l’homme adulte.

Adaba, la cérémonie du mariage

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Cerimonial de Casamento. Foto: Rosa Gauditano

Le mariage préférentiel pour les Xavante est entre un groupe de frères et sœurs d’où découle la possibilité de polygynie sororale (le mariage d’un homme avec diverses sœurs).

Un homme Xavante après son mariage va vivre dans la maison de son beau-père ce qui porte le nom d’uxorilocalité. Quand le couple a vécu un certain temps ensemble, la cérémonie du mariage est célébrée, elle porte le nom d’adaba. Il s’agit d’un échange solennel de nourriture durant deux jours et représentant les contributions des hommes et des femmes de l’union conjugale. Le premier jour le marié décoré de peintures corporelles traverse la cour centrale du village avec un énorme panier rempli de gibier et il le dépose dans la cour intérieur de la famille de la mariée. Cette viande a été obtenue lors de longues excursions de chasse nommées da-base auxquelles assistaient le marié et les hommes. Ces chasses durent 3 à 4 semaines , où le temps qu’il faut pour obtenir assez de viande pour la cérémonie. La viande entre temps est fumée.

Les parents de la mariée quand à eux confectionnent un énorme gâteau pour les autres membres du groupe. Autrefois le gâteau était confectionné avec de la semoule de maïs mais aujourd’hui ils utilisent de la farine de blé achetée. La pâte est enveloppée dans des feuilles de bananier et il est rôti au four d’argile. Lorsque le gâteau est prêt, la mariée entièrement peinte avec le rouge de l’urucum, portant un collier de dents de capybara s’agenouille sur un tapis de paille au centre du village. Une jeune fille de l’autre moitié lui apporte un petit vêtement qui est échangé contre le collier de dents de capybara. La mariée rentre dans la maison et la gâteau de mariage est offert à la famille du marié pour qu’elle le distribue. Ni le marié ni la mariée ne partage la nourriture de la cérémonie du mariage.

Les Xavante dans la sphère publique

Por Fonte, Conteúdo restrito, https://pt.wikipedia.org/w/index.php?curid=4912128

A partir du milieu des années 70, après avoir récupéré de la désorientation engendrée par le contact et des effets dévastateurs des maladies et épidémies, les Xavante commencent à s’organiser et à réclamer leurs territoires traditionnels. Mário Juruna est un leader particulier qui se distingue par son ingéniosité et sa créativité pour attirer l’attention du public pour les revendications territoriales des Xavante et pour le traitement accordé aux peuples autochtones du Brésil. Il est devenu un leader de renommée nationale. Sa façon directe de critiquer la corruption des hauts fonctionnaires a permis d’exposer publiquement les fausses promesses de ces autorités. Il sera le premier dirigeant indigène brésilien à se présenter au congrès national. D’autres dirigeants Xavante se distinguent dans la lutte pour les droits en particulier territoriaux et nombreux sont toujours actifs.

Les organisations civiles Xavante débutent à la fin des années 80. Ces entités leur permettent de recevoir un soutien financier direct des ONG , du gouvernement fédéral et d’autres donateurs pour développer des projets en faveur de l’amélioration des conditions de vie dans les communautés. Les projets visés sont l’éducation, les problèmes de santé, les soins de santé, la nutrition, des projets de tourisme éco-culturel, la gestion durable de la chasse, l’élevage des abeilles pour produire du miel, la négociation de la musique Xavante pour la production d’alertes sonores pour les téléphones portables. Les organisations diffusent aussi des informations sur le mode de vie difficile qu’ils rencontrent aujourd’hui, des campagnes pour la préservation des espaces clos, l’introduction du respect de leur culture chez les non-indiens.

Le rio Mortes, son importance pour les Xavante

source

Pour les Xavante le rio Mortes ou ö’wave (grande eau) est le centre fluvial de 4 de leurs 9 Terres Indigènes, ce fleuve soutient la flore et la faune dont ils dépendent en termes de subsistance physique et culturelle fournissant des ressources dont ils ont besoin pour leur riche vie cérémonielle. La viabilité du rio Mortes, un affluent du rio Araguia est sans cesse menacée en raison des industries agroalimentaires (culture du soja) et des plans de mise en œuvre de la voie navigable Araguaia-Tocantins et des centrales hydroélectriques. La culture du soja et l’élevage extensif sont associés à la déforestation et dégradent les systèmes fluviaux de la région. Ils sont des répercussions sur la plus grande réserve d’eau de source au monde, l’aquifère Guaraní. Le Mato Grosso est configuré comme le plus grand état producteur de soja au Brésil, un pays qui occupe la position de plus grand exportateur de céréales au monde devant les EU.

Le Mato Grosso est aussi le1er état brésilien en matière d’incendies et d’incidences sur la déforestation. Le gouvernement soutient le secteur agroalimentaire en particulier celui du soja utilisant de fortes doses de produits agrochimiques et d’engrais chimiques entraînant la déforestation des zones qui donnent naissance aux tributaires du rio Mortes. Les ressources dont dépendent les Xavante sont directement concernées par cela.

Les problèmes de santé des Xavante

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Les Xavante sont dans un processus de reprise démographique avec des taux élevés de natalité et une croissance démographique régulière depuis les années 60. Mais la mortalité infantile est élevée, plus élevée que la moyenne nationale. 86% seulement des enfants survivent jusqu’à l’âge de 10 ans. Dans de nombreux cas les décès proviennent de maladies pouvant être traitées, dues à de mauvaises conditions sanitaires qui pourraient être réglées par des mesures de santé publique de base. Les causes les plus importantes sont le traitement de la pollution de l’eau. Les maladies qui atteignent les enfants sont les maladies gastro-intestinales et les infections respiratoires. Dans certains villages, les excréments humains atteignent les sources d’eau utilisée par les membres de la communauté. Les agro-toxines des fermes contaminent les réserves d’eau. Il y a de graves risques de santé publique actuellement à cause de l’accumulation de déchets et excréments humains dans et autour des villages. Ces problèmes découlent des changements dans le mode de vie de ce peuple qui était semi nomade et qui est passé rapidement à un mode de vie sédentaire. Autrefois les villages étaient fréquemment déplacés et l’habitude de déposer des déchets à proximité des maisons ne présentait pas de risques comme maintenant où les villages sont fixes. L’introduction de matériaux et de produits toxiques, de piles électriques accentuent les problèmes.

La sédentarisation, la manque de gibier et d’autres produits contenant des protéines animales les plans de développement de la Funai ont entrainé des transformations dramatiques dans l’alimentation des Xavante, entraînant malnutrition, et des problèmes comme l’anémie.

Avec le changement de régime et l’accès aux produits manufacturés, ils ont pris goût au sucre et à la farine de blé raffinée, des produits nouveaux pour eux et attrayants mais qui provoquent rapidement des troubles dont du diabète.

L’alcool et l’alcoolisme génèrent des troubles sociaux, des tensions dans les communautés situées près des villes. La tuberculose est un fléau de plus.

La Funasa (fondation nationale de santé) devrait être en mesure de répondre à cette situation sanitaire mais les soins de santé des villages Xavante restent médiocres inexistants. Le personnel formé se trouve souvent hors des villages et des Terres Indigènes, souvent il est en ville. Lorsqu’ils sont soignés dans des postes de santé pour la population générale, les Xavante sont souvent discriminés par les professionnels responsables qui n’ont aucune formation et sensibilité nécessaires pour s’occuper des peuples autochtones.

Ce racisme prévaut dans les centres urbains et parmi les travailleurs de santé exacerbe la réticence des Xavante à se faire soigner par la médecine allopathique et même les décourage à se faire hospitaliser.

Source : pib.socioambiental.org

Histoire du peuple Xavante du Brésil

Publié le 9 Octobre 2019

Francisco Meirelles (à gauche), avec l’assistant de sertao Ladislau Cardoso, le caciquef Uruhuenan et Serimicramin. Museu do indio. Photo  : Lamonica/Musée indien, 1951.

Histoire du contact

Au début du XVIIIe siècle, après la découverte de l’or dans la province de Goiás, l’arrivée de mineurs, de conquérants, de colons et de missionnaires a fait pression sur les populations indigènes locales, provoquant des conflits entre elles et les nouveaux habitants. Les populations autochtones ont réagi de différentes manières aux incursions des étrangers. Certains ont eu recours à des attaques soudaines et à la guerre, d’autres à l’établissement dans la région ou à la migration. Dans la seconde moitié de ce siècle, plusieurs groupes, dont certains identifiés comme « xavante », se sont installés dans des villages parrainés par le gouvernement, où ils ont subi les effets dévastateurs des maladies épidémiques.

Plus tard, vers la fin du XVIIIe ou au début du XIXe siècle, les ancêtres des Xavante ont traversé la rivière Araguaia. Ce mouvement vers l’ouest sépara définitivement le Xavante des Xerente, qui restèrent sur la rive est du fleuve. Les anciens Xavante contemporains racontent des histoires dramatiques sur la séparation de leur peuple des Xerente. Dans une version, un énorme boto (dauphin rose ou noir et personnage d’une légende amazonienne) apparaît au milieu du fleuve Araguaia, rendant le grand fleuve impraticable et effrayant les autres «  parents «  qui n’avaient pas traversé. Une autre version raconte qu’il y avait un grand nombre de botos chargés de transporter les Xavante à travers les eaux agitées de l’Araguaia. Dans les deux histoires, ceux qui sont restés sur la rive est de la rivière ont été abandonnés à jamais. Ce sont, selon les vieillards, les ancêtres du peuple que nous connaissons aujourd’hui comme Xerente.

Après avoir traversé la rivière Araguaia, les Xavante se sont installés dans la région de Serra do Roncador, dans ce qui est maintenant l’état du Mato Grosso. Leur village d’origine, une communauté connue sous le nom de Tsõrepre, a vu traverser plusieurs missions au fil du temps. Au cours du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, différents groupes ont migré davantage vers l’ouest, certains bordant le rio Mortes et d’autres se dirigeant vers les secteurs du rio Suiá-Missu et les sources du rio Kuluene. Jusqu’à la troisième décennie du XXe siècle, tous vivaient relativement à l’abri des troubles causés par les membres de la société nationale. Lorsque le gouvernement Vargas a entamé sa fameuse « Marche pour l’Occident », les pressions extérieures ont de nouveau aggravé les conditions de vie des Xavante. Associée à la campagne de l’Etat en faveur de l’ouverture de l’intérieur du pays au processus de colonisation, une série d’annonces dans des magazines et des journaux de diffusion nationale ont dépeint les Xavante comme un symbole du « bon sauvage » brésilien. Par conséquent, ils furent les premiers Indiens du pays à devenir célèbres grâce aux médias parrainés par l’État qui dépeignaient les Xavante comme les primitifs courageux et héroïques du pays qui, après avoir été «  pacifiés «  – et marqué un pas dans la  » marche du progrès «  qui accompagnait l’avancée de la nation vers l’ouest – furent amplifiés par l’adhésion de la société nationale. Dans la rhétorique de l’État, « apprivoiser » les Indiens de la région (personnifiés dans les Xavante) apparaît métaphoriquement comme la domestication de l’intérieur inhospitalier du Brésil. Après tout, selon le récit de l’État, les qualités héroïques primordiales des Xavante ont contribué au caractère national, et elles seraient intégrées dans la structure sociale et l’économie productive du pays.

Pour documenter les événements héroïques de la mission nationale, des photographes et des journalistes ont été nommés pour composer l’équipe du SPI (Service de protection des Indiens) chargée de « pacifier » les hostiles Xavante à des fins publicitaire. Deux pères catholiques salésiens déterminés à prendre contact avec les Xavante (1932) et une «  équipe de pacification «  du SPI sous le commandement de Pimentel Barbosa (1941) furent assassinés par des groupes locaux Xavante insatisfaits de l’invasion de leur territoire. Sur la base de ces faits, les médias ont souligné la bravoure impuissante des Xavante et leur farouche résistance aux étrangers. En 1946, lorsque l’équipe du SPI, dirigée par Francisco Mierelles, atteignit enfin son but, en échangeant avec succès des marchandises avec des représentants du groupe Xavante dirigé par Apöena, la célébration par les médias et l’Etat fut intense.

La publicité entourant la’pacification des Xavante a mis Mierelles et Apöena, presque dans la condition de héros nationaux. Grâce à la promotion médiatique, des images positives des Xavante et de leurs nobles qualités ont été continuellement présentes dans la mémoire nationale pendant des décennies après ce premier contact pacifique.

Cependant, ce n’est qu’au milieu des années 1960 que le « contact » Xavante fut achevé. Tous les groupes Xavante avaient déjà admis avoir établi des relations pacifiques avec des représentants de la société nationale, mais les manières et les moments où ils l’avaient fait étaient différents. Épuisés par la maladie, la faim et les conflits avec les colons, certains groupes se sont tournés vers le poste du SPI, d’autres se sont réfugiés dans des missions salésiennes ou protestantes.

Au fur et à mesure que les groupes Xavante cèdent aux pressions de l’expansion nationale, les territoires qui leur ont garanti pendant plus de 100 ans la reproduction de leur mode de vie traditionnel deviennent accessibles à la colonisation et, surtout, à la production capitaliste.

Au cours des années 1960 et 1970, les colons et les propriétaires fonciers sont arrivés dans la région grâce à des incitatifs fiscaux gouvernementaux visant à favoriser la colonisation et le développement économique à grande échelle dans cette région. L’accès à certaines parties du territoire traditionnel du peuple Xavante a souvent conduit à la fraude. Nous connaissons des cas où, afin de rendre la terre disponible pour la production capitaliste, les autorités ont modifié les cartes et confirmé l’absence d’habitants indigènes. D’immenses extensions de la monoculture agricole – au début, en particulier le riz des hauts plateaux, plus récemment le soja – ont été mises en place par les propriétaires terriens, qui ont également déboisé de vastes zones du «  cerrado «  (biome de la savane, le deuxième biome du Brésil) pour y élever du bétail.

La fin des années 1970 et le début des années 1980 ont été marqués par d’intenses luttes pour la récupération des terres ancestrales, ainsi que par des efforts pour délimiter des terres qui étaient encore sous leur domaine – dans certains cas, demandant un élargissement de leurs limites. À partir du milieu des années 1970, bon nombre des familles qui avaient quitté leurs terres habitées avant l’arrivée des Européens pour se réfugier dans des missions ou des postes du SPI ont commencé à retourner dans leurs territoires d’origine. Ce faisant, ils ont trouvé des zones occupées par des colons ou des propriétaires fonciers engagés dans l’agro-industrie à grande échelle. Dans certains endroits, des colons non indiens avaient établi des villes entières. Lorsque les dirigeants Xavante ont commencé à revendiquer leurs droits fonciers, la violence, concrète ou comme une menace, a éclaté dans de nombreuses localités.

Pressant durement l’État pour délimiter les terres, les Xavante ont fait face à de puissants adversaires : des propriétaires terriens dotés d’un grand pouvoir politique et d’immenses propriétés. L’une d’entre elles était l’Agropecuaria Suiá-Missu, qui a expulsé les Xavante de la zone appelée Marãiwatsede. Dans les années 1970, la société possédait plus de 1,5 million d’hectares, une extension qui s’est distinguée comme l’un des plus grands domaines du Brésil. Un autre géant, installé dans la zone située entre les rios Kuluene et Couto Magalhães, était l’Hacienda Xavantina, dont l’infrastructure comprenait plus de 300 km de routes internes et 400 km de clôtures. En période d’activité intense, elle employait 200 travailleurs qui y vivaient avec leur famille. Elle possédait 10 000 têtes de bétail et produisait en moyenne 16 000 lots de riz par récolte.

Les Xavante sont astucieux en politique et persévèrent dans la lutte pour leurs droits. Au cours des dernières années de la décennie et au début des années 1980, ils ont mis au point des tactiques efficaces pour exercer des pressions sur l’État, dans le but d’obtenir des terres et une assistance dans d’autres domaines.

En ce sens, ils ont obtenu la reconnaissance des droits sur des portions relativement importantes de terres. la fin de 1981, six terres xavante avaient été délimitées : Areões, Pimentel Barbosa, São Marcos, Sangradouro, Marechal Rondon et Parabubure. Malgré ces conquêtes, les conflits ont persisté et, dans certaines régions, se poursuivent encore aujourd’hui. Dans les années 90, les Xavante ont eu gain de cause dans les procès pour l’élargissement de plusieurs zones, et après une longue bataille, ils ont obtenu la démarcation et l’homologation du territoire de Marawãitsede, dans la région de Suiá-Missu. Malgré la reconnaissance officielle pour avoir franchi toutes les étapes, une grande partie de cette terre indigène continue d’être occupée par des centaines de non-Indiens. Seul un petit groupe de Xavante occupe à peine une petite extension de Marawãitsede.

traduction carolita d’un extrait de l’article sur les Xavante du site pbi.socioambiental.org

Le projet Xavante

Un vaste projet économique parrainé par le gouvernement, lancé à la fin des années 1970 et poursuivi pendant près d’une décennie, a été à l’origine de la riziculture mécanisée à grande échelle sur les terres des Xavante. Dans le cadre du concept de fournir les moyens de l’autosuffisance économique future des Xavante et de démontrer leur potentiel de contribution à l’économie régionale, le projet avait comme stratégie principale la réduction de la pression intense exercée sur la Funai par les dirigeants Xavante qui étaient toujours déterminés à réclamer leurs territoires traditionnels.

Le « Projet Xavante », comme on l’appelle, a été extrêmement problématique à plusieurs égards. Sa mise en œuvre a nécessité d’énormes doses de connaissances et de compétences technologiques, d’expertise administrative et d’investissements financiers. Il exigeait la connaissance de la chimie du sol – des engrais appropriés pour les sols acides du cerrado – et la capacité de faire fonctionner et d’entretenir des machines comme les tracteurs et les moissonneuses-batteuses. Le projet a eu de graves effets sociaux, exacerbant les tensions et générant des rivalités au sein des communautés Xavante et entre elles, tout en créant de graves problèmes pour la Funai. L’objectif de conquérir un projet – accompagné d’avantages financiers et matériels (comme un camion) – est devenu une incitation pour les dirigeants à établir de nouvelles communautés. Les hommes Xavante à la recherche d’attention et de ressources financières affluèrent en masse dans les bureaux de la Funai, créant une situation que les administrateurs de l’organe n’avaient pas les moyens de gérer. En outre, en raison des projets, les Xavante ont concentré une part disproportionnée des ressources financières de la Funai, ainsi que de l’attention administrative qu’ils ont apportée. En fin de compte, au lieu d’atténuer les demandes des dirigeants Xavante à Brasilia, le projet a intensifié leur présence dans la capitale fédérale, et les Xavante, une fois de plus, sont devenus le centre d’attention des médias nationaux. Mais cette fois, ignorant les tristes conditions de vie des communautés, raison pour laquelle les dirigeants ont fait pression sur la Funai pour obtenir son soutien, les médias ont dépeint les Xavante d’une manière extrêmement négative. Au milieu des années 80, la Funai ne pouvait plus contrôler la situation et les projets ont finalement été suspendus.

Le projet de culture du riz a eu pour effet de déséquilibrer davantage les modes de subsistance et d’alimentation, créant une dépendance à l’égard d’une variété de riz non nutritive, atteignant ainsi la condition de base de l’alimentation. Par conséquent, beaucoup de connaissances sur les aliments traditionnels nutritifs ont été perdues. Dans certaines régions, les groupes qui reconnaissent l’importance de ces connaissances sont maintenant, souvent en collaboration avec des organisations non gouvernementales, engagés à les récupérer et à revitaliser les pratiques traditionnelles de récolte et de transformation alimentaire.

traduction carolita d’un extrait de l’article sur les Xavante du site pib.sociambiental.org

Xavante

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