Brésil : Le peuple Xerente

Publié le 12 Mai 2020

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Peuple autochtone du Brésil vivant dans l’état du Tocantins et qui est locuteur d’une langue de la famille jê.

Les 250 ans de contact entre les Xerente et les non autochtones n’ont pas affecté l’identité ethnique de ce peuple et les transformations sociales, politiques et économiques rapides et intenses dans la région où ils vivent leur ont donné l’occasion mais non sans difficultés de participer activement aux protocoles décisifs les concernant. Ils continuent d’affirmer et d’exprimer, même transformé, l’aspect le plus traditionnel de leur culture : leur éthique guerrière.

Population : 3509 personnes (2014)

Autodénomination : akwé.

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Avec le peuple Xavante de la province du Mato Grosso ils forment la branche centrale des sociétés de langue jê, ils parlent le même dialecte.

Cette langue est bien vivante et jusqu’à l’âge de 5 ans les garçons ne parlent que la langue indigène. Les adultes l’utilisent dans les contextes de la vie quotidienne des villages et utilisent le portugais pour dialoguer avec des non indiens.

Territoire et Terres Indigènes

  • T.I Funil, 15.703 hectares, 348 personnes, réserve homologuée. Ville : Tocantinia.
  • T.I Xerente, 167.542 hectares, 2693 personnes, réserve homologuée. Ville : Tocantinia.

Le territoire où ils vivent est composé du cerrado, un type de savane qui est le deuxième biome du Brésil, dans l’état du Tocantins, partie orientale du rio Tocantins.

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Mode de vie

Ils vivaient autrefois de chasse et de cueillette dans le cerrado associant ces activités à l’agriculture. Un vaste territoire est une condition fondamentale de la constitution et la reproduction d’un groupe. Ce n’est pas un hasard si l’identité masculine Xerente est directement associée à la condition de « bon chasseur », « marcheur », « coureur ». ce cycle d’activités liées à la culture est divisé en saison sèche (été, de mai à septembre) et saison des pluies (hiver, d’octobre à avril).

Les champs de culture se trouvent à proximité des villages, à côté de ruisseaux et de la végétation souveraine. Ils utilisent aussi des champs cultivés le long des rives du rio Tocantins occupant presque toute la frontière ouest de leur territoire sur une extension de 12 km.

Les travaux de préparation, mise en place, du brûlis, la récolte se font avec la participation d’un groupe de parents.

La collecte concerne le miel, les fruits sauvages, les racines, les plantes médicinales.

La pêche était une activité importante pour ce peuple mais elle a diminué en raison de l’impact des grands travaux d’infrastructures réalisés sur le rio Tocantins.

La chasse aussi a diminué en raison de la pression sur les ressources naturelles de la région.

Organisation sociale  et cosmologie

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Le mode de vie des peuples de la famille linguistique jê est la combinaison d’un système technologique simple adapté aux conditions environnementales et d’un système socioculturel très complexe. Ces systèmes sont organisés à partir d’un dualisme qui se manifeste dans une multiplicité de moitiés sur les plans sociaux.

Le système cosmologique divise le monde en deux moitiés : Doí et Wahirê, le soleil et la lune, fondateurs mythiques de la société Xerente. Le jaguar (huku) fait partie des mythes xerente, il est chargé de leur enseigner l’utilisation du feu. La moitié doí comprend les clans Kuzaptedkwá (les propriétaires du feu), Kbazitkurá (les propriétaires du coton), Kritóitdwa (les propriétaires du gibier avec la pomme de terre rôtie ou les propriétaires du caoutchouc).

Dans la moitié Wahirê il y a les clans, Krozakê, Kreprehí et Wahirê.

Chacune des moitiés avec ses clans respectifs a une série d’obligations et de devoirs réciproques.

Les moitiés, les 6 clans et les lignées qui les constituent sont patrilinéaires (elles passent de père en fils, grand-père paternel à petit-fils…). Ainsi chaque clans a une ensemble de noms propres transmis génération à génération.

Les peintures corporelles servent à identifier et localiser les Xerente dans leur univers socioculturel.

Il y a 2 conceptions picturales qui guident cette identification : la ligne indique les individus appartenant à l’un des clans de la moitié Wahirê, le cercle indique l’appartenance aux clans de la moitié Doí.

Dança ao redor das toras de corrida. Foto: Curt Nimuendaju/Museu Nacional, 1930

Dans les célèbres courses de Tora (une compétition où 2 équipes courant avec un tronc de palmier buriti sur les épaules), la double conception xerente est présente et chacune des équipes Steromkwá et Htamhã porte une bûche sculptée et décorée de motifs liés aux figures de l’anaconda et de la tortue.

La cosmovision xerente est liée directement aux différents éléments de la nature qui les entourent. Ils ont incorporé et transformé des valeurs des religions catholiques et protestantes imposées par l’évangélisation sans pour autant abandonner les leurs.

Le système de résidence est uxorilocal, c’est-à-dire que le gendre une fois marié doit aller vivre dans le village ou la maison de son beau-père.

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Organisation politique

Les relations  politiques exprimées dans les rituels, la peinture corporelle et les divisions sont basés sur une série de devoirs et de droits stipulés par les relations de parenté. Les divisions et conflits se traduisent par la création de nouveaux villages et arrangements politiques, sociaux et rituels. Par exemple en 1988 il y avait 9 villages Xerente maintenant il y en plus d’une trentaine.

Les rôles politiques les plus autorisés sont cacique, pajé et membre du conseil des anciens (wawes).

Education

L’éducation scolaire formelle des villages est dispensée par une trentaine d’enseignants autochtones des deux sexes et couvre les quatre premières années de l’enseignement de base. Après la 4e année la poursuite des études devient plus compliquée en raison de problèmes de transport et l’adaptation des demandes des écoles non autochtones situées dans les villes de Miracema et Tocantinia. Certains xerente néanmoins arrivent à terminer des études secondaires et sont reçus dans des écoles techniques d’enseignement, d’administration et de comptabilité.

source : pib.socioambiental.org

Histoire du contact

Publié le 10 Mai 2020

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Certains récits oraux indigènes supposent que les Akwe ont habité les terres proches de la mer depuis des temps immémoriaux. Cependant, l’historiographie officielle souligne que les premiers contacts entre les Akwe et les non-indigènes remontent au XVIIIe siècle, avec l’arrivée des missions jésuites et des colonisateurs dans la région du centre-ouest.

Au XVIIIe siècle, la découverte de mines d’or intensifie la colonisation des territoires indigènes situés dans l’ancienne capitainerie de Goiás et, entre 1750 et 1790, les premiers établissements indigènes financés par la Couronne apparaissent. Le but de ces colonies était d’étendre le territoire en attirant et en « pacifiant » les différents groupes indigènes vivant dans la région. Une partie des Akwe (Xavante, Xerente, Acroá, Xacriabá), ainsi que les Javaé et Karajá, entre autres, ont vécu pendant un certain temps dans ces sites (Duro, Formiga et Pedro III, également connu sous le nom de Carretão), mais ils se sont ensuite rebellés et ont fui pour se réfugier dans des régions moins peuplées, au nord de la capitainerie.

Dans la deuxième décennie du XIXe siècle, le gouvernement provincial a créé les prisons militaires (indigènes) dans la région du Nord, encore « infestées » de populations Xavante et Xerente. L’objectif était de garantir une navigation pacifique sur le rio Araguaia, mais la résistance indigène a persisté, avec des attaques contre les prisons et les villages non indiens. Face à cela, de nouvelles tentatives de colonisation, en particulier par les Akwe, ont été menées par les frères capucins qui ont été soutenus par des interventions militaires punitives du gouvernement. Dans la colonie de Teresa Cristina – qui correspond aujourd’hui à la municipalité de Tocantínia -, le frère Rafael de Taggia a constaté en 1851 l’existence de plus de 3 000 Xavante et Xerente. Selon la thèse la plus acceptée, la séparation des deux groupes akwe s’est produite au XXe siècle : les Xavante auraient migré vers le cerrado de la province du Mato Grosso, près de la rio de Las Muertes, tandis que les Xerente seraient restés sur les rives du Tocantins.

Le XXe siècle a été marqué par la difficile survie du peuple Xerente aux côtés des occupants et des agriculteurs, qui ont progressivement envahi ce qui restait du vaste territoire traditionnellement occupé par les indiens. Le Service de Protection des Indiens (SPI), un organisme d’État qui a précédé la Fondation nationale de l’indien (Funai), n’a installé que deux postes d’aide aux indigènes dans les années 1940, après la publication des rapports de l’ethnologue Curt Nimuendajú, qui dénonçait les conditions de vie épouvantables des Xerente. Pendant cette période, une mission baptiste est arrivée dans la région, qui reste encore parmi les Xerente. Les documents des années 50 au 20ème siècle prouvent le souci des autorités de délimiter une zone destinée à ce groupe indigène. En 1972, après 200 ans de coexistence intense et conflictuelle avec des secteurs non indigènes – qui a entraîné des morts des deux côtés – les Xerente ont conquis leur première zone délimitée, appelée « Área Grande » dans les documents de la Funai. Il a fallu 20 ans de lutte pour que la délimitation et l’officialisation de l’autre zone revendiquée par les Xerente, la Terre Indigène Funil, soit réalisée.

traduction carolita d’un extrait de l’article sur le peuple Xerente du site pib.socioambiental.org

Xerente

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