José Gabriel Condorcanquí – Tupac Amaru II

Publié le 12 Mars 2019

Inca

1738 – 1781

Fils du curaca (cacique) Miguel Condorcanqui Usquiconsa et descendant maternel de Tupac Amaru (1542 – 1572), le dernier Sapa Inca de la résistance à Vilcabamba.
Il est né à Surimana, vice-royauté du Pérou, le 19 mars 1738. Il a étudié avec les Jésuites du Collège San Francisco de Borja. Il a suivi des cours d’art à l’Université de San Marcos. Il parlait couramment le quechua, le latin et le castillan.

Il a hérité des cacicazgos de Pampamarca, Tungasuca et Surimana et d’une importante quantité de mules qui en ont fait un cacique de bonne position, dédié au transport des marchandises.

Le 25 mai 1760, il épouse Micaela Bastidas Puyucahua, qui deviendra sa principale conseillère et l’encouragera dans sa revendication de reconnaissance de sa lignée royale inca, qu’il suivra pendant des années devant l’audience de Lima sans succès.

Les mentions de l’époque le décrivent comme « un homme d’un peu plus de 1,70 mètre de haut, avec un nez aquilin et des yeux vifs. Avec une silhouette gracieuse et élancée, cheveux coupés sur le front, longs et bouclés jusqu’à la taille, recouverts d’un chapeau espagnol de castor . Des manières courtoises et galantes, où l’équanimité et la retenue révèlent un homme de culture et de traits de caractère supérieurs. Il parle parfaitement l’espagnol et le quechua avec une grâce particulière. Il se conduit avec dignité avec ses supérieurs et avec formalité avec les Indiens ».

Grande rébellion

A la fin du XVIIIe siècle, la dynastie des Bourbons initia une politique de réformes administratives et économiques qui consistait essentiellement, en Amérique, à accroître l’exploitation indigène. Condorcanqui a présenté devant l’Audiencia de Lima une pétition pour alléger les conditions auxquelles les Indiens étaient soumis. Sa revendication n’ayant pas été entendue, il a décidé de prendre des mesures plus radicales et a commencé à préparer ce qui allait être l’insurrection la plus extraordinaire d’Amérique du Sud. Il se proclame inca, prend le nom de Tupac Amaru et reçoit l’appui de secteurs très divers, des créoles et des indigènes au clergé. Pendant six mois, des milliers d’hommes de chaque camp se sont battus et sont morts dans des affrontements d’une violence inhabituelle.

Les impôts élevés et les nouvelles répartitions réalisés à l’arrivée d’Agustín de Jáuregui (13° vice-roi du Pérou, 1780-1784), ont fini par déclencher la rébellion. Le 4 novembre 1780, Tupac Amaru II, avec son autorité de chef de trois villages, ordonna l’arrestation d’Antonio de Arriaga, corregidor de Tinta. Il l’a forcé à signer une lettre aux autorités dans laquelle il demandait de l’argent et des armes – ce qui futt satisfait – et après un procès sommaire, il a été exécuté sur la place de Tungasuca le 10 novembre.

Le 13 novembre, il passa en revue l’œuvre de Pomacanchi libérant les Indiens asservis. Le 18 novembre 1780, la bataille de Sangarará a eu lieu, où les rebelles ont vaincu l’armée espagnole dirigée par Tiburcio Landa. Ignorant son épouse et conseillère principale Micaela Bastidas, alors qu’il avait Cuzco à sa merci, il préféra se retirer à son siège de Tungasuca pour tenter de faciliter une négociation de paix, et se consacrer à diffuser ses proclamations : autonomie autochtone, suppression de la mita, suppression des travaux, annulation de la distribution des corregidores, abolition des impôts et libération des esclaves qui s’étaient engagés dans la révolte.

Tandis que les Espagnols, poussés par la terreur qui s’étendait de Cuzco à Buenos Aires, réorganisaient la résistance. Les vice-rois de Lima et de Buenos Aires, Agustín de Jáuregui et Juan José de Vértiz respectivement, ont uni leurs forces. Le visitador général José Antonio Areche fut envoyé à Cuzco, avec le commandement absolu du Trésor et de la Guerre et une armée de 17.000 hommes.

La Junta de Guerra del Cuzco (l’Assemblée de Guerre du Cuzco) adopta quelques mesures qui incluaient les demandes de Tupac : abolition définitive des repartimientos des corregidores, pardon général pour tous ceux qui avaient participé à l’insurrection, à l’exception des meneurs et remise des dettes contractées par les Indiens avec leurs corregidores.

Ces mesures, complétées par une campagne terroriste, ont conduit de nombreux Indiens à quitter l’armée rebelle ou à rejoindre les rangs réalistes. D’abord, les tentatives de Tupac pour s’emparer de Cuzco en décembre et janvier échouèrent, et à la fin de février 1781, les Espagnols avaient déjà un avantage.

Dans les environs de Tinta, à la bataille de Checacupe, le 6 avril 1781, les rebelles sont écrasés, selon une partie de l’armée réaliste : «  plus d’un millier ont été poignardés et le reste complètement vaincu. » Tupac Amaru II se réfugie à Langui, mais il est trahi par son lieutenant et compadre Francisco de Santa Cruz et il est fait prisonnier. Sa femme et sa famille ont été emprisonnées dans son évasion.

La flamme allumée par Tupac a continué à brûler en Amérique du Sud :

  • Au Pérou, deux parents de Condorcanqui, Diego Cristóbal – demi-frère – et Andrés -neveu- poursuivent les hostilités jusqu’en mars 1782.
  • En Bolivie, il y eut un soulèvement mené par Tupac Katari qui assiégea la ville de La Paz à deux reprises en 1781, jusqu’à sa capture et son exécution en novembre de la même année.
  • Dans le Chaco, les Tobas de la réduction jésuite de San Ignacio de Ledesma, menés par le métis José Quiroga, mettent un frein à l’arrivée des Espagnols fin mai 1781 pour tenter d’attaquer Jujuy ; rapidement l’armée espagnole, sur les rives du fleuve Bermejo, dans une violente bataille écrase la rébellion.
  • Dans la vice-royauté de la Nouvelle Grenade – dans ce qui est aujourd’hui le département de Santander, Colombie – en 1781, il y eut un soulèvement armé connu sous le nom d’Insurrection des Comuneros, qui eut les mêmes proclamations que Tupac Amaru II. L’épisode se terminera par la signature d’un accord connu sous le nom de Les capitulations de Zipaquirá qui s’approchait des pétitions indigènes, mais quelques mois plus tard les autorités espagnoles ordonnèrent la nullité des Capitulations et la capture et l’exécution des dirigeants de l’insurrection. Le mouvement a échoué, mais il a eu une importance énorme dans le destin futur de l’Amérique coloniale. C’était l’étape précédente vers l’émancipation et la formation de nouvelles nationalités, qui, ironiquement, se poursuivrait avec l’assujettissement et l’exclusion des autochtones.

Jugement et exécution


Une fois Tupac Amaru capturé, sa famille et ses partisans sont enchaînés et emmenés à Cuzco. Il a été emprisonné dans le couvent de la Compagnie de Jésus, où il a été brutalement torturé sans obtenir aucune information de sa part.

Le 15 mai, il a été condamné à mort.

Le 18 mai 1781, lors d’une manifestation publique sur la Plaza de Armas à Cuzco, Tupac Amaru II fut contraint d’assister à la torture et au meurtre de sa famille : son oncle, ses deux aînés et finalement sa femme. Puis suivra l’exécution du leader, un témoin raconte : Comme mesure d’intimidation, le vice-roi ordonna la distribution de ses pièces dans les villes qui soutenaient la rébellion.

Après l’exécution, un décret du visiteur général Areche, interdit l’usage de la langue quechua, les vêtements indigènes et la mention ou la commémoration de la culture inca et son histoire.

source  Los Mitos de la historia argentina. Felipe Pigna. Grupo Editorial Norma. 2.004.

traduction carolita du site Pueblos originarios.com José Gabriel Condorcanqui. Tupac Amaru II.

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